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Slow portrait

Amandine

De la France au Mexique, de la vie de bureau à l'artisanat

Après un début de carrière dans des bureaux en France, Amandine part voyager et découvre le Mexique. Elle s'y installe et fonde Cosecha, un e-shop de décoration d'intérieur sur lequel on ne trouve que des produits fabriqués à la main par des artisans mexicains. Cosecha valorise un savoir-faire ancestral et permet de participer au développement économique local.

Après avoir quitté mon emploi en marketing dans un grand groupe média, j’ai eu un grand besoin de liberté, de découverte. J’avais beaucoup souffert du rythme déshumanisé de l’entreprise et voulais prendre le temps de déconnecter, voir de me reconnecter aux autres. J’ai alors entrepris de nombreux voyages, me suis laissée emporter par l’imprévu et ai réorganisé mon temps autour de mes besoins.

En quoi as-tu ralenti ?

Comment t'es venue l'idée de Cosecha ?

Pourquoi avoir fait ce choix ?

En quittant mon précédent job, je me suis rendue compte que le problème n’était pas tant dans ce que je faisais que dans le sens et les valeurs qu’avaient mon travail. Ce projet me permet de concilier ma passion pour le marketing, la stratégie, la communication, tout en étant totalement en accord avec mes valeurs. J’apprends chaque jour de nouvelles choses, l’auto-formation étant vitale quand on gère une entreprise de A à Z sans aide extérieure. Cette diversité de tâches est extrêmement stimulante et je suis ravie de pouvoir mettre mes compétences au service d’une cause qui a du sens pour moi.

Le bilan aujourd'hui ?

Le projet a été lancé en décembre. C’est donc encore très frais mais l’accueil qui a été réservé à Cosecha a été extrêmement bienveillant. J’étais partie d’une intuition que les gens avaient à cœur de consommer de façon plus responsable, de participer à la création d’une marque et de s’assurer des bonnes conditions de fabrication de ses produits. Mais je n’avais pas encore la certitude que cela pourrait fonctionner.

 

Au final, au delà des produits que les gens apprécient beaucoup, c’est à l’histoire de ces femmes, aux techniques de fabrication que sont le plus sensibles mes consommatrices. Le prochain défi est donc d’assurer une pérennité économique à ce projet pour qu’il puisse grandir et créer un beau cercle vertueux. Je travaille donc sur des designs de produits, pour être plus en maitrise de l’approvisionnement et donc des investissements financiers et pouvoir assurer un avenir à ce projet.

Affaire à suivre...

As-tu ralenti à d'autres niveaux ?

Un pur hasard... Lors de ces voyages, un grand classique : je tombe amoureuse. L’objet de mon affection me propose de venir découvrir son pays : le Mexique. Je devais alors partir 2 semaines, puis rentrer à Paris passer des entretiens et reprendre ma routine. Finalement, j’ai annulé ces entretiens, mon vol retour, et ai passé plus de la moitié de l’année de l’autre côté de l’Atlantique.

 

Je suis aussi tombée amoureuse du pays ! De sa culture. Et de ces femmes artisanes aux talents incroyables. Le sens que je cherchais était là : défendre un projet qui me tient à coeur, valoriser le travail de ces communautés, faire découvrir une culture souffrant de préjugés, et participer à l’émancipation des femmes... Tout ça en créant de beaux objets, dans le respect de l’humain, et tout en lenteur, au rythme des talentueuses mains des artisanes.

 

"Le sens que je cherchais était là : défendre un projet qui me tient à coeur"

J’ai tout réorganisé. Découvrir une autre culture, beaucoup moins centrée sur la consommation, et faire face aux réactions de personnes ne connaissant pas nos codes et nos problématiques, permet de prendre un recul incroyable sur la façon dont on vit. Je travaille quasiment 7 jours sur 7, à des heures parfois étranges en raison du décalage horaire. Mais j’ai une liberté incroyable dans la façon d’organiser mon temps de travail. Je prends du temps pour moi : aller faire des courses pour remplir le frigo de bonnes choses, faire du yoga et de la méditation chaque jour, lire, aller se balader, déjeuner avec une amie. Aucune journée ne se ressemble car hormis la classique « to do list » la façon dont je gère mon temps est totalement adaptée à mon humeur du jour. Prendre du recul m’a permis d’apprendre à être beaucoup plus à l’écoute de mes besoins, et au final d’être beaucoup plus efficace. Même si parfois je me laisse à nouveau rattraper par la frénésie de l’entrepreneuriat et mes vieux modes de fonctionnement, ralentir est un travail de tous les jours !

Que penses-tu de nos modes de vie actuels ?

Chaque retour à Paris est un petit choc. J’adore cette ville qui est la mienne, mais je suis chaque fois surprise du rythme et du niveau de stress à chaque coin de rue. Ces gens qui sautent dans les métro pour ne pas perdre 2 minutes de leur journée sont pour moi symptomatiques du rythme inhumain que l’on s’impose. Et qui nous est imposé en entreprise. Je ne pense pas que l’on soit faits pour passer 12h par jour assis devant un ordinateur ou en réunion, ni que ce soit très productif. Au final, l’appât du gain pour consommer plus, et vivre mieux nous fait entrer dans des rythmes infernaux, en conflit avec qui nous sommes. En témoignent le taux incroyable de démission parmi la génération Y et le taux alarmant de burn out ces 5 dernières années.

Un conseil à nous donner ?

On n'a qu’une vie, alors évidemment, il faut payer les factures et l’oisiveté n’est pas possible, mais si on arrive à se créer un peu plus de temps pour faire des choses qui nous font du bien, s’intéresser à son voisin, et faire le bien, alors au global, je pense que c’est la société entière qui irait beaucoup mieux. Mettez un tracker sur votre téléphone pour calculer le temps passé sur les réseaux sociaux par jour et utilisez la moitié de ce temps pour faire quelque chose qui vous rend heureux chaque jour. Au bout d’un mois, je suis presque sure que vous vous sentirez beaucoup mieux.